Les âmes tissées : "Des Mangues pour l'éternité"

Des mangues pour l’éternité
Assis ce matin-là, comme tous les matins, chez son ami Tian Fu, le Chinois, Antoine s’abandonnant aux parfums de cannelle, de clous de girofle et de gingembre, scrute l’entrée du marché. Les femmes, des ballots ingénieusement calés au sommet de leur crâne, s’approchent des étals de fruits et légumes. Un sac de riz crevé, affalé sur le sol, tel un ivrogne saoulé par l’alcool asiatique, porte les sigles de son origine, une rizière lointaine, si proche. Antoine balance sa tête en arrière et distingue à travers le vieux plafond éventré des halles, un goéland qui plane, attiré par le fumet de poissons. Le mégot de sa gitane lui brûle les phalanges,  colorant inlassablement l’index de sa main droite d’une strie jaune indélébile. Au stand contigu, Léontine a déjà entamé à la force du poignet l’extraction du jus des oranges, des papayes et des ananas qui subissent la pression de la soif. Tian Fu surveille la cuisson des nouilles, ajoute quelques gouttes de Nuoc-mâm à la farce des nems, et étale la pâte translucide des futurs rouleaux garnis, dans un pays où il n’y a pas de Printemps.
Depuis qu’il a atterri dans ce pays d’outre-mer, Antoine passe outre les dangers, les peurs, les peines et les races. Une douce langueur berce ses sens. Il a congédié le Temps. Envolées les plaintes de Lucien la nuit, martyre d’un mal qui avait pris en otage leur communauté, victime de ces cyclopes dont la vue altérée avait décidé de tirer à bout portant sur tous ses organes vitaux. Supplicié, crucifié, ses cris avaient fait de leurs nuits une descente aux Enfers. Hadès l’avait autorisé à devenir un invisible, et Antoine avait prié pour que travesti en Eurydice, Lucien échappe au jugement dernier.
Antoine Marais, jeune sociolinguiste de renom, ayant consacré une partie de sa vie à tenter modestement de sauver les langues africaines, n’avait pas hésité à honorer sa parole donnée à Lucien, l’amour de sa vie, sur son lit de mort « Promets-moi de venir me rejoindre là-bas ». Une nuit blanche avait suffi à balayer la noirceur de ses craintes. Le sacrifice de sa carrière n’était rien en comparaison du sacrifice de la Vie opéré par le choix de Lucien, qui avait un jour préféré une fois pour toutes renoncer à toute thérapie.
Antoine était né à Paris dans le 15ème arrondissement. Pour ses 14 ans, son père et sa mère lui avaient fait le plus beau des cadeaux, un présent que sa destiné avait recueilli comme une offrande faite au pied de la tour de Babel. En 1970, recrutés par la toute jeune agence de coopération culturelle et technique, ses parents tous deux linguistes, avaient été envoyés en mission auprès du Centre culturel français de Bobo-Dioulasso, sous l’égide de l’Association française d’action artistique. C’est ainsi qu’Antoine avait reçu son baptême africain, plongé dans l’eau bénite des langues, dans le Pays des hommes intègres, le Burkina Faso. A 20 ans, tous ses amis étaient burkinabés. Il fréquentait très peu la communauté expatriée française. Il parlait couramment le mooré, langue véhiculaire de ce pays. C’est lors d’un vernissage au Centre culturel de Bobo, au mois de mai 1976, que son chemin avait croisé le destin de l’homme de sa vie, Lucien. Peintre caribéen, dont l’Art figuratif avait fait le pari de rapprocher les continents séparés par la plaque tectonique des servitudes, il plaquait sur des toiles de coton, étendards de la Liberté retrouvée, des scènes traditionnelles inspirées par ce qui l’appelait, l’alliance de la magie noire et de la magie blanche. Le coup de foudre qui frappa ces deux hommes, n’était pas une expression galvaudée. Zeus avait traversé les Océans pour noyer les couleurs indélébiles de leurs origines nourries au sein d’une louve hégémonique. Mais ce soir-là, Lucien avait exposé son droit de Cité. Aucun discours officiel n’était venu entacher ni par le sang, ni par les larmes, la projection de ces symboles émancipés, sur les murs d’une enclave française étatique. Durant le séjour de Lucien en résidence d’artiste à Bobo, les deux hommes avaient commencé leur histoire. Le vernissage marquait le retour de Lucien en France.
Antoine était rentré à Paris à l’automne 76 pour mener ses études de linguiste. A 24 ans, il avait obtenu son doctorat, dont la thèse portait ce titre « Le franchissement des frontières des langues, sauvetage des langues de nos ancêtres africains ». Au début de sa soutenance, le caractère provocateur, hérité des femmes de sa famille, avait été rapidement évoqué par son directeur de thèse. Cependant, ayant en tête le parcours de ce jeune homme, personne n’avait pu remettre en cause la sincérité de sa démarche. Un peau allumée, voilà ce qu’il était. Cette  métaphore raciale, c’était sa mère qui l’avait inscrite dans sa mémoire quand elle lui avait lu à son coucher de petit Roi soleil, les textes d’Amadou Hampâté Bâ, le toucouleur de la littérature africaine, accepté chez les Immortels de Lutèce, esclaves amnésiques de la domination romaine. Lucien était présent le jour de sa soutenance : soutien indéfectible à son peau allumée qui lui en avait fait voir de toutes les couleurs pendant ses travaux de recherche ! Ses parents étaient de la fête diplômante, graal de l’entrée dans le Saint des saints des chercheurs légitimés. Un havre de tolérance, le navire familial l’avait toujours été, et son histoire avec Lucien avait depuis longtemps reçu leur bénédiction laïque. Lucien avait fait le choix par amour pour Antoine, son cadet de huit ans, de rester vivre à Paris. Ils avaient déniché un atelier d’artiste aménagé. Ils y avaient vécu leurs plus belles années jusqu’au jour où le diagnostic était tombé. Lucien s’était vu annoncer sa séropositivité en juin 1988 la veille de ses 40 ans. La maladie avait vite fait de tracer un chemin de croix sur lequel Antoine allait avancer à ses côtés, disciple de cet Amour, condamné par une société bien-pensante qui veillait à se laver les mains d’un mal contagieux, un calice auquel il ne fallait pas boire de peur d’y prendre goût. Lucien regrettait de ne pas avoir pu se rendre avec Antoine sur sa terre natale, celle où s’étaient réfugiés les nèg’marron, baptisés ainsi par leurs maîtres pour avoir osé bravé leur servitude. En effet, Lucien était le descendant de femmes et d’hommes qui avaient combattu puis fui l’esclavage en se cachant sur les rives d’un fleuve qui portait dans ses courants la réminiscence de la Volta. Les esprits des esclaves révoltés continuaient de le survoler. Aucun métissage n’était venu éclaircir la peau de Lucien. C’est là-bas qu’il avait fait promettre à Antoine de le rejoindre une fois que son âme aurait quitté son corps supplicié.  Celui-ci avait tenu sa promesse. Il avait enterré ses cendres sur les berges de l’Approuague où s’étaient implantés un siècle plus tôt ses aïeuls Bushinengués, les hommes de la forêt.

Midi approche. Seul son estomac le lui rappelle, frappant sur les parois de ses membranes digestives les coups anarchiques d’un tam-tam en transe. Antoine prend sa place aux côtés des habitués, sur ces tabourets bancals bricolés avec les épaves des barques de pêcheurs dominicains, naufragés de l’indifférence de l’Arc antillais tendu entre les anciennes colonies asservies.
-       Un bol de soupe ? lui glisse Tian Fu à l’oreille en se penchant par dessus le comptoir.
-       Comme d’habitude mon ami, répond Antoine, un sourire aux lèvres.
Depuis le jour où il avait atterri dans ce pays, le 30 juin 1990, deux ans après le décès de Lucien, il n’avait eu de cesse de vivre chaque seconde en communion avec son âme sœur envolée.
 La soupe lui brûle la langue. Comme si cela ne suffisait pas, il emprunte à son voisin le petit pot de piments confits afin de métisser la saveur asiatique avec les laves caribéennes. Lucien n’avait jamais fait un repas sans assaisonner ses plats, quels qu’ils soient, du piment oiseau qu’il achetait au marché de Château Rouge dans le 18ème arrondissement de la capitale gauloise et qu’il prenait un soin tout particulier à préparer lui-même. Il avait transmis à Antoine son addiction au feu gustatif.
Antoine se souvient : l’Ave Maria interprété par Pavarotti et Bono, sur lequel Lucien s’était éteint dans ses bras, sa main gauche serrée dans la main droite d’Antoine, le symbole de la fusion de la magie noire et de la magie blanche, comme il avait aimé le lui rappeler : deux mains unies, que l’on retrouvait tamponnées au bas des ses œuvres. Il avait planté une dernière fois son regard noir profond dans le sien. Antoine avait réussi à se procurer les doses de morphine létales grâce à la complicité de la sœur de Lucien, infirmière anesthésiste à la Pitié-Salpêtrière. Ainsi il avait pu apaiser les ultimes souffrances de son compagnon, espérant tous deux qu’il y aurait une âme pour le libérer de cette carcasse pourrie, détruite, déjà presque éthérée. Ces douleurs atroces s’obstinaient à le raccrocher à cette putain d’enveloppe charnelle. Au moment de son dernier souffle, Antoine avait cru voir briller une lumière qui ne demandait qu’à s’envoler.
 Et chaque nuit, allongé dans son hamac à 1m du sol, il voyait passer les âmes, incarnées dans ces lucioles qui effectuaient un ballet, en défiant l’apesanteur dans l’obscurité. Dans ce pays en effet, les âmes semblaient aimer encore partager le monde des vivants, sans doute parce que la vie y était si douce. « Au revoir mon frère, mon amour, mon amant, mais pas adieu. « Tu me retrouveras là-bas, léger et affranchi de l’intolérance des Hommes » avait-il murmuré avant que ses yeux ne se figeassent.
Tu es là chaque jour avec moi, Lucien. Certains en France m’ont dit « Tu dois l’oublier, refaire ta vie », je les ai laissés parler. J’ai tout quitté, mon boulot, ma famille, vendu notre appartement et ai acheté ce billet aller-simple.
Antoine enfonce un nem dans sa bouche et en fait craquer la fine croûte. Ce soir, il va prendre son embarcation, une petite barque à moteur en aluminium achetée à un Indien. Il remontera le fleuve jusqu’à son habitation. Il s’était construit un carbet et avait accroché un hamac aux deux poteaux transversaux. Il utilisait un gros bidon de fer en guise de four, ces bidons dont les Dominicains avaient fait des percussions. Il avait posé une natte à même le plancher pour la sieste quand les moustiques dorment aussi.
Il se lève, règle son addition, salue le Chinois et se dirige vers la sortie. Le marché intérieur, aux tons ocre des épices, cède la place au marché extérieur aux palettes chromatiques des légumes et des fruits cultivés par les maraichers hmong. Les Hmongs, leur bébé calé sur le dos dans les porte-bébés brodés au point de croix, signature de leur Terre ancestrale, manient les limes d’une main et les piments oiseaux de l’autre, mettant en garde en riant les rares touristes : « Attention, très, très fort ! ».
Il n’achèterait plus de citrons pays pour boire son rhum, comme il l’avait fait chaque soir, depuis deux ans, assis sur l’embarcadère de son carbet, accompagné du concert des crapauds buffle.

Il doit passer prendre la petite Mahina pour la ramener à son village chez sa grand-mère. Avant cela, il irait consommer un dernier café à la terrasse du Marine, place des Palmistes, puis, il irait prier une dernière fois à la Cathédrale Saint-Sauveur.
-       Misié Antoine ou pa ka rété bwè oun Kafé ? lui demande en créole le vieux serveur, le dos vouté, pliant comme un palmier sous la pression des alizés. Une bosse douloureuse, un mal installé dans ses gènes de descendant de bagnards.
-       Bonjou kouman to fika Albert ? lui répond Antoine tout en lui serrant la main et lui caressant la colonne vertébrale d’une main amicale.
-       Sa ka oun tibi !
Antoine est assis à sa table d’où il distingue, entre deux cocotiers, la mer et le ciel, du même gris buvard. De là, il peut aussi observer à loisir les épouses de marins et leurs cinq ou six gamins accrochés à leurs chaises. Elles se font des politesses et échangent sur leur dernière fournée de porcelaines peintes à la main. De mémoire, elles en sont à leur quatrième ou cinquième, autant que les grossesses qui les enchainent à leur officier de mari. Cela les rassure et fait passer plus vite les années de détachement. Il les voyait filer sur le fleuve des nèg’marron, le vendredi soir dans leurs embarcations, pour aller passer le week-end dans les carbets de la République, ces familles de Métros, qui vivaient leur petite aventure outre-marine. Les épouses, une fois rentrées en Métropole, évoqueraient religieusement avec nostalgie les temps forts de leur séjour : les décollages de la fusée nationale à Kourou en place d’honneur, la ponte des tortues Luth, les carbets, les Matoutou au plafond des chambres, défiant leur phobie arachnéenne, et puis, leur déguisement en Touloulou, héritage des Bourgeoises locales du 18ième  siècle, qui leur donnerait la licence de l’alcool adultérin pendant le carnaval…

C’est bientôt l’heure de la sieste, réparatrice ou crapuleuse, pour tout le monde, locaux et Métros, quelle que soit la couleur de leur peau. Les terrasses se vident. Le marché ferme. Les chiens errants, nettoyeurs impénitents, en font le siège, se délectant des fruits pourris et des branchies de poissons vidés de leur souffle de vie. Antoine monte dans sa Méhari et démarre. Au carrefour, à l’intersection des  rues Schoeler et du 14 juillet, comme chaque jour de marché, il klaxonne pour annoncer son arrivée à Mahina. Et comme chaque fois, elle est là, accroupie, son panier sur la tête. Une dernière fois, il observe cette scène qu’aurait si bien illustrée Lucien : comme une image au ralenti, ses cheveux de jais ramassés au-dessus de la nuque, quelques mèches éparses derrière les oreilles et sur le front, elle se redresse, se tourne d’un quart de tour, accentuant les plis de sa jupe brodée, elle le voit, s’avance vers lui, pieds nus sur l’asphalte. Son sourire ingénu laisse apparaître ses dents nacrées sur lesquelles se reflète l’astre incandescent. Elle monte dans la Méhari.
-       Bonjour An-touan !
-       Bonjour ma douce Lune !
 Les voilà qui s’éloignent sur la route, direction Cacao.
-       Comment va grand-mère Hôku ?
-       Bien. Aujourd’hui, c’est le jour du sacrifice. Elle a fait brûler des bâtons d’encens et elle prie pour toi et Lucien. Tu resteras regarder le cochon crier ? Nous pouvons vous protéger Lucien et toi, dit-elle en lui présentant son visage, les yeux humides.
Un silence s’installe entre la petite Mhong et l’Européen. Antoine a la gorge serrée, mais sa décision est prise. Il a adopté depuis longtemps les rites animistes. Elle enchaîne.
-       Quand est-ce que tu nous quittes An-touan ? Avant que tu partes, grand-mère Hôku doit te voir. Elle dit que tu dois  emporter de l’encens pour ton voyage et des mangues pour Lucien. Il aimait les mangues, Lucien, hein, An-touan ?
-       Oui, Mahina, Lucien raffolait des mangues et j’irai voir grand-mère Hôku.
Ils parviennent à Cacao. Grand-mère Hôku les attend. Cette petite femme lui semble soudain immense ; elle lui évoque la puissance des Baobabs. Mahina descend et salue sa grand-mère les mains jointes. Antoine s’approche et la salue à son tour assez prés pour qu’elle lui attrape avec vigueur les poignets, referme ses mains sèches sur les siennes. Puis elle le fixe d’un regard perçant. Elle s’adresse à lui dans sa langue natale bien qu’elle parle français. C’est Mahina qui endosse le dur rôle d’interprète.
-       An-touan, tu dois suivre grand-mère maintenant. Elle sait que tu vas nous quitter ce soir.
En prononçant ces paroles, Mahina baisse le visage et Antoine voit une larme dévaler ses joues et s’écraser sur la terre. Il suit  Hôku vers la maison sur pilotis, monte les marches et s’enfonce dans les pièces sombres. Elle lui prend la main. Il se laisse faire comme un petit enfant. L’ombre de Mahina les accompagne, discrètement, chargée de sa mission d’interprète. Grand-mère Hôku retire alors de l’autel dédié aux esprits des bâtons d’encens et, les ayant serrés entre ses mains jointes, elle salue les entités invisibles. Puis, elle se tourne vers Antoine qui s’est agenouillé et sanglote. Hôku reprend la parole par la bouche de sa petite-fille.
-       Le moment est venu de rejoindre Lucien au pays des âmes. Garde avec toi ces bâtons d’encens pour t’éclairer sur le chemin qui te conduira à lui. Tu sauras qu’il est là lorsque t’apparaîtra son aura. N’oublie pas d’offrir les mangues à ton hôte.
Les dernières paroles de grand-mère Hôku résonnent aux tympans d’Antoine tandis qu’au loin, il distingue les cris du cochon que l’on égorge. Elle reprend.
-       C’est un beau jour pour partir mon fils, le jour du sacrifice. La lune rousse est pleine, et les étoiles lui ont fait de la place. Tu feras un doux voyage vers l’Eternité. Maintenant, prends cette potion et rentre chez toi sur le fleuve. Mahina vient avec toi, ne discute pas, elle doit commencer à apprendre ce qu’est le départ pour l’autre monde.
Mahina, fière, lui sourit.
Ils rejoignirent ainsi ensemble les rives de l’Approuague. Ils montèrent ensemble une dernière fois dans sa barque. Antoine fit prendre son élan au bateau. Une dernière fois, il fit démarrer le moteur. Mahina s’assit à l’avant, telle une figure de proue sculptée dans le teck, l’arbre sacré de ses ancêtres.
Le soleil commençait à se coucher quand ils parvinrent à destination. Ils s’agenouillèrent sur les planches du débarcadère. Mahina lui tendit le breuvage. Antoine le but avec cérémonie. Ils n’échangèrent aucun mot. Puis il s’allongea, posa sa tête sur les cuisses de Mahina. Elle disposa les bâtons d’encens et les mangues sur sa poitrine et se mit à prier en se balançant d’arrière en avant. Elle lui avait clos les paupières. Antoine sentit les dernières larmes de la petite Hmong humidifier ses lèvres. Le son de sa voix se fit de plus en plus lointain. Puis plus rien. Il était debout désormais et marchait en apesanteur. Enfin, il vit un halo émerger d’un voile de brume. La silhouette de Lucien se dessina, tel un trait de fusain tracé par un artiste invisible. Alors Antoine le salua les mains jointes, Lucien en fit autant.
-       Je t’attendais, lui dit-il. Suis-moi et raconte-moi, la Guyane.
Le jour suivant, à l’aurore, les quelques Indiens Wayana présents, venus commercer avec les orpailleurs, virent une petite fille, une Hmong,  débarquer sur le ponton de Régina. Elle avait un regard vague et souriait. Elle lança avec énergie le bout de son embarcation. La barque fut emportée par le courant et la petite fille s’éloigna à pied vers le Sud.











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